« Sur la route »… de l’autonomie

On a un peu honte de le dire mais on s’ennuie un peu et pourtant tout est si beau. Le 4×4 roule dans les paysages splendides et écrasants du grand sud Algérien, et s’arrête encore et encore, et nous sommes invités par nos guides à descendre, admirer, photographier. Girafe ou éléphant préhistorique, silhouette humaine stylisée, scènes de chasse ou de danse extatique peintes à l’ocre ou gravées par nos lointains ancêtres, tout est magnifique, impressionnant… Et pourtant l’ennui vient. Qu’il est difficile de saisir les motivations de l’autre, si différent… Nos guides ressentent le lien obscur qui les relie aux ancêtres dont ils occupent la terre, ils savent aussi que nous sommes venus pour cela, et puis ils n’ont que cela à offrir. Refuser de descendre, d’admirer, de photographier serait considéré comme  une offense.

Alors pourquoi cet ennui ? Probablement parce que nous avons la sensation que tout nous est donné, montré et signifié, alors que sans le formuler nous voudrions tellement pouvoir inventer notre propre rapport à ces paysages superbes, à ces vestiges uniques au monde, pouvoir s’attarder pour y surprendre ce qui n’était pas prévu. Bref, c’est un voyage organisé.

Le maitre d’arts martiaux et son disciple

Ce qui n’est pas un peu volé n’a pas la même saveur, voilà ce que nous ressentons. Le timide n’apprend pas, énonce de son côté avec concision la tradition Talmudique. Mais avec la saveur vient aussi la culpabilité qui peut tout compliquer. Les contes sont pleins de ces paradoxes : le disciple préféré s’aperçoit que le maitre d’arts martiaux lui enseigne beaucoup de choses mais ne lui enseigne pas l’essentiel, le cœur même de sa technique. Il décide alors de l’épier pour lui dérober ses secrets. Le maitre le surprend et, furieux, le chasse de son école. Au dernier moment il lui dévoile que tout était prévu et combiné d’avance : il s’agissait d’une sorte d’examen de sortie. Puisqu’il a été capable de voler le savoir il a quitté la position passive de l’élève, il a fait œuvre de création. Son enseignement est donc terminé.

Mais dans ce cas peut-on vraiment parler de vol ? Oui et non. Selon le droit qui est toujours précis voler c’est s’approprier le bien d’autrui contre le gré de celui-ci. C’est pourquoi en droit la grivèlerie  ne peut être qualifiée de vol puisque le repas que l’on ne paye pas avait tout de même été servi librement et sans aucune contrainte. Ici le maitre savait qu’il serait volé et en fait il espérait l’être, il n’attendait même que cela. Ne pas l’être n’aurait-il pas signifié son échec éducatif ? Il aurait eu la preuve de n’avoir pas suscité chez le disciple le désir de s’approprier le savoir. Le maître a donc tout organisé pour se retirer et pour que son élève le quitte, s’il en était capable. S’il l’a fait c’est qu’il l’en estimait capable, mais il pouvait se tromper. Il s’est arrangé pour être imparfait.

Pourtant la métaphore me parait incomplète. Ajoutons cette proposition : le secret de la technique que le disciple avait cru surprendre n’existe pas. Si réellement il y avait eu un enseignement secret que le maître garderait par devers lui (mais pour en faire quoi ?) et se garderait bien d’enseigner, cela aurait fait de lui un maître qui ne voudrait pas que son disciple lui succède et le quitte, un maitre pervers. Non, en réalité tout avait été montré, tout était là. C’est le regard de l’élève qui s’est modifié. Voyant la pratique du maître avec d’autres yeux qui ne sont plus tout à fait ceux d’un disciple, il y a vu cela, qu’il n’y discernait pas auparavant et qui lui manquait pour pouvoir devenir maître à son tour. Mais il fallait faire la différence entre ce que l’on apprend avec et ce que l’on apprend de, la chose vraiment importante… Apprendre de c’est prendre quelque chose qui est du maitre; non pas le tuer, ce n’est pas nécessaire, mais tout de même le déconstruire. Disons : le tuer de telle sorte qu’il y survive. Depuis le début tout était entre ses mains, il n’avait plus qu’à s’en rendre compte. Plus que la transmission de techniques c’est ce changement de point de vue qui était le véritable sens de l’enseignement. Le maitre pourrait dire ainsi, en transposant la relecture par le psychanalyste Philippe Réfabert du récit de la Genèse (« De Freud à Kafka », Calmann-Lévy 2001) : tous mes enseignements tu les connaitras et cet enseignement particulier tu ne le connaitras pas, ou tu mourras… à ta position de disciple. Double mouvement non contradictoire d’attraction et de retenue, invitation faite à connaitre et à ne pas connaitre (et non le double bind qui paralyse ou rend fou. Pour avoir une idée de ce double mouvement il suffit de penser à l’entrainement d’un pratiquant de kung fu ou de karaté, à ses attaques à la fois engagées et retenues. Ou au geste de la ponction veineuse du bébé que je décrivais dans « Ce que sait la main » qui soigne).

Il reste que le disciple a réellement surpris l’intimité du maître, qu’il a réellement eu l’intention de le voler, de le châtrer d’un savoir qu’il pensait secret même si en cela il se trompait, et qu’il est réellement chassé. Il est ainsi préservé de l’illusion d’être parti de lui-même pour ne pas être chassé, illusion qui lui aurait laissé un gout d’inachevé. Il est maintenant libre[i]. De son côté le maître a expulsé l’élève au bon moment, lui ménageant la place vide qu’il pourra occuper. Dans son livre «Pour les oiseaux. Entretiens avec Daniel Charles» (Ed de L’Herne 1976) le compositeur John Cage relate sa formation musicale auprès d’Arnold Schönberg. On y lit combien ce dernier avait conscience de cette dimension expulsive, qu’il plaçait au principe même de son enseignement dans cette déclaration liminaire faite à ses élèves : « Mon but est de vous rendre impossible d’écrire de la musique » ! Résultat attendu : le sentiment de révolte du jeune John Cage qui ne rêve plus alors que d’y consacrer sa vie. Mais le maître insiste,  il lui répète qu’il trouvera toujours ce mur devant lui, à lui barrer le passage. Qu’à cela ne tienne, Cage décide alors que se cogner à ce mur sera le sens de sa vie de musicien. Et il s’y attelle, avant de comprendre assez rapidement… qu’il n’y avait aucun mur. Il sera alors prêt à inventer sa propre musique.

[i] Le maitre est furieux, cela c’est moi qui l’ai ajouté, dans ce genre de conte traditionnel jamais personne n’est furieux. Au reste des variantes sont possibles : au lieu d’épier, le disciple pourrait réclamer : « maitre, quelque chose ne va pas ». Le disciple devait-il d’une façon ou d’une autre payer sa dette ? Avait-il besoin d’être à la fois puni et distingué… ? Reste dans tous les cas l’interdit de tout voir. Si le disciple savait tout que lui resterait-il à créer ? Ne pas partir comme un voleur, avec un bien mal acquis (dont on n’osera pas se servir), sans payer… Le maitre aurait pu condenser tout cela en lui disant au moment de le chasser : « en somme tu ne l’as pas volé ! ».

Il n’y a pas de réelle transmission sans une part de transgression.

C’est pourquoi, comme me le faisait remarquer Philippe Réfabert, le « mon fils tu seras… », , est en réalité une injonction paradoxale puisqu’elle bloque le mouvement spontané, réel, pour lui substituer une fiction prête à l’emploi qui est en réalité une contrainte, une autorisation qui dissimule mal l’interdiction de tout le reste et dont il faudra bien un jour se défaire.

La transmission réussie c’est plutôt ce que met en scène une brève nouvelle de Pierre Mac Orlan, « Sur la route »[1]. Elle peut paraitre involontaire, elle est en tout cas marquée par le paradoxe dans cette scène entre  un père, un aventurier désormais rangé, et son fils qui vient de tenter sa première fugue, puis est revenu :

« Entends-tu, crétin ! Les voyages, c’est du dégoût, le dégoût des autres et de soi-même dont on s’imprègne pour la vie. J’ai fait le tour du monde, j’ai vu tout ce qu’un homme peut voir ; j’ai été mêlé à des affaires qui ne te regardent pas, et que reste-t-il de tout cela ? Quelques souvenirs amers que je n’ai pas besoin de te confier… Si je te parle ainsi, c’est pour te protéger, bien que tu n’en vailles guère la peine. Voyager à ton âge, c’est être la victime des garces, comme je l’ai été » (…)

« Mr Gélina parlait de la mer sans respect, des bateaux avec familiarité et, petit à petit, pris par son propre passé, il sentait le charme subtil de ce qu’il avait été le transformer physiquement. Pendant une heure, Thomas regarda son père, comme on regarde une image un peu rare ».

Et quand le fils part de nouveau, son père, qui s’est conduit comme Arnold Schönberg face à John Cage, réalise, dans un mouvement « affreusement mélancolique »… qu’il a réussi et que son fils ne reviendra probablement pas de sitôt.

Il y a quelques années, pour définir des actions innovantes qui ont fait progresser la cause de la douleur de l’enfant, j’avais employé le terme de transgression. Et je m’étais référé, pour saluer leur action dans le domaine de la douleur de l’enfant, à quelques transgresseurs marquants (bien sûr il y en a eu d’autres) : Annie Gauvain-Piquard, psychiatre à l’institut Gustave Roussy, l’anesthésiste KJS Anand, mon ami et collègue Daniel Annequin… Aujourd’hui je ne suis plus très sûr que le terme soit adéquat et je voudrais le réinterroger. Quand avec mes collègues anesthésistes nous avons décidé, en 1986, que dans le service de chirurgie où nous travaillions, tous les enfants opérés des végétations bénéficieraient désormais d’une anesthésie générale, alors que jusque là, et depuis des décennies, les enfants de moins de deux ans étaient opérés à vif[2], avons-nous opéré une transgression ?

Dans ce terme de transgression ne pourrait-on pas entendre qu’il s’agirait de se mettre hors de la loi commune ? Dès lors inviter nos collègues à suivre de tels exemples ne pourrait-il pas être perçu comme dangereux, tout le monde n’ayant pas obligatoirement l’âme du franc-tireur solitaire ? Alors même que, de formation en conférence, nous faisions la promotion de pratiques de soins plus humaines, mais qui selon nous devaient pouvoir être prises en charge par tout professionnel. Mais il faut bien que quelqu’un commence, et ce n’est pas facile de se mettre en avant, de s’individualiser, cela éveille l’envie des autres. C’est un peu comme si on volait quelque chose, et il faut alors en affronter la culpabilité. On craint d’être puni de son audace, puni d’avoir osé grandir !

Reprenons l’innovation si marquante du docteur KJS Anand[3]. Quand il décida d’employer le fentanyl, un puissant analgésique pour les opérations de chirurgie thoracique chez des nouveau-nés dont il s’occupait, ce qui n’avait jamais été fait et était réputé dangereux, quand de surcroit il prouva que les bébés s’en trouvaient mieux, il montra de manière irréfutable qu’avec moins de douleur les bébés avaient plus de chances de survivre à l’opération. Pour le dire autrement il apporta la preuve que les conséquences physiologiques de la douleur pouvaient tuer certains bébés.

C’était un langage en acte, un recadrage de la réalité. Si le fentanyl n’était pas utilisé auparavant ce n’était pas du fait d’une interdiction, mais d’un préjugé qui ne s’appuyait sur aucune preuve puisque personne avant Anand n’avait essayé. Il y a là une leçon de méthode qui se vérifie dans tous les cas où un véritable changement est intervenu. Se contenter de dénoncer c’est encore rester dans le système, alors que la mise en œuvre du changement tient lieu de dénonciation, mais cette dénonciation est tolérable parce qu’elle est implicite. En revanche se contenter de dénoncer l’existant n’aurait fait que renforcer les résistances et retarder le changement. Il faut que les moyens soient apportés, et non seulement apportés mais concrètement mis en œuvre et assumés par ceux qui en font la promotion. Pourquoi ? Parce que ceux qui maltraitent en soignant n’échappent pas pour autant à la culpabilité, même s’ils ont appris à ne pas trop la ressentir. Ils savent ce qu’ils font, tout en devant refouler ce savoir. Ils savent que ce n’est pas bien, que cela pourrait être mieux, mais sauf exception ils continueront tant qu’ils n’auront pas les moyens (matériels, institutionnels, humains…) de faire autrement. Et une fois le changement installé c’est comme si il en avait toujours été ainsi. Le passé est oublié,  refoulé : c’est qu’il n’est pas facile de devoir s’avouer, après coup, qu’une bonne part de notre servitude était en réalité volontaire, plus ou moins passivement consentie. Mais l’amélioration apportée dans le concret procure une prime de satisfaction suffisante pour que le changement se pérennise. Après ce sera à chacun de faire avec la culpabilité rétrospective de ce qui se faisait avant, avec la culpabilité d’avoir osé changer.

Nulle transgression n’est donc nécessaire puisque cette marge de liberté existait bel et bien, n’attendant que d’être expérimentée. Plutôt un changement de point de vue. Comme dans le conte kafkaïen la porte avait toujours été là, elle n’était pas fermée, elle était pour toi et n’attendait que toi[4]… Il s’agit tout simplement pour le professionnel de faire l’expérience concrète de sa marge d’autonomie personnelle, d’en éprouver les limites mais aussi l’ampleur. Mais pour la connaitre il faut bien s’aventurer à la vivre, il faut s’autoriser de soi-même. Ce qui est alors acquis le sera solidement (peut-être pas définitivement), à une condition : le professionnel doit ressentir que l’initiative est venue de lui, qu’elle est sa création propre. Comme pour le bébé décrit par Winnicott, ce qui est ressenti comme réel et important n’est pas ce qui est passivement reçu, mais ce qui est tout à la fois trouvé et créé. Il s’agit du sentiment de réalité. Se sentir réel cela signifie : avoir sa place, son importance, son point de vue qui peut être défendu, confronté à d’autres. Ni tout-puissant ni soumis, ni annulé dans la fiction confortable de « l’équipe ».

Il ne s’agit pas tant de transgression que de prise de conscience de son champ d’autonomie, du pouvoir sur son acte. Devenir plus  « présent à soi »,  plus « vivant », cela passe par un effort de réflexion sur les pratiques qui rejoint ce que Gérard Mendel appelait la réappropriation de l’acte.

Dans le langage de Gérard Mendel[5] on a opéré une récupération de pouvoir sur l’acte dans le processus même du travail.  Nous verrons en quoi faire un pas hors de la coquille protectrice nécessite une réserve suffisante d’amour de soi, de sorte que l’on peut faire face à la crainte de perdre l’amour sur laquelle repose toute autorité. Comme pour le randonneur dans le désert aux peintures, comme pour l’étudiant en arts martiaux, mais aussi comme pour le bébé décrit par Winnicott, ce qui est ressenti comme réel et important n’est pas ce qui est passivement reçu, mais ce qui est tout à la fois trouvé et créé.

Un souvenir me revient, celui d’un bébé à l’âge du babil qui le soir après le départ de ses parents s’absorbait dans de longues séances de vocalisation, très inventives. J’y reconnaissais les traces de nos échanges pendant la journée mais ce n’était pas un copie, le bébé ajoutait, construisait, réélaborait à partir de ce qu’elle avait entendu. Il y avait de la création, et un grand sentiment de joie s’en dégageait. Plus tard dans d’autres contextes je recevais les explications et démonstrations d’un maitre d’arts martiaux. Je compris la différence essentielle entre l’imitation en temps réel de ce qui était montré, et l’effort pour en retenir quelque chose pour le reproduire plus tard. Tant que j’en restais au collage imitatif (ce qu’en psychanalyse on nomme identification adhésive), je ne ressentais pas que ce qui m’avait été montré m’appartenait quels que soient mes efforts, et j’étais en conséquence dans l’incapacité d’en faire moi-même la démonstration et l’explication à un tiers. En vain essayais-je de valider la mémoire visuelle par le ressenti du mouvement, de manteler ensemble mes sensations comme aurait dit Donald Meltzer. Je ne pouvais qu’être collé, ou perdu, et  effectivement tout se perdait. Qui en resterait à ce stade aurait tort de reprocher au maitre de garder pour lui l’essentiel, ou tout au moins les torts pourraient être partagés. Il fallait emprunter le circuit long, celui qui passe par l’image intérieure du mouvement (l’objet interne de la psychanalyse) et par le langage, et non par la pure sensation corporelle. Changement qui passe par une perte, un décollement. Mais là surprise, ce  que je pratiquais à mon tour était et n’était plus tout à fait, mais pourtant était ce qui m’avait été enseigné. Il y avait toujours autre chose, une autre intention. On ne peut être fidèle qu’en transgressant. Et un jour bébé parle. Qu’il y ait à ce moment le sentiment d’une perte, celle du babil infini, c’est probable mais aucun ancien bébé n’est revenu pour la raconter[i].

[i] On en devine pourtant les traces dans certaines expressions artistiques comme le chant en scat d’Ella Fitzgerald, dans le théâtre de Valère Novarina ou encore dans les incroyables improvisations langagières de Gherasim Luca

Ce texte s’inspire de ma chronique « Le mot de Sparadrap » parue dans le N°52 de la revue « Spirale-La grande aventure de Monsieur Bébé », sous la direction de Patrick Bensoussan, Ed. Erès.

[1] « Chronique des jours désespérés », Folio 1985

[2] Didier Cohen-Salmon, « En travers de la gorge- l’enfant, les amygdales-végétations et la douleur » InterEditions, Paris 1994

[3] KJS Anand, WG Sippel, A Aynsley-Green, Randomised trial of fentanyl anesthesia in preterm babies undergoing surgery : effects of the stress response, Lancet, 1987, 1, 8527, 243-247. Voir aussi « Le déni de la douleur de l’enfant, son brusque épuisement ».

[4] Franz Kafka, « Devant la loi », Œuvres complètes, La Pléiade

[5] Sociopsychanalyse 2 La plus-value de pouvoir : « Désoccultation de la plus-value de pouvoir », Payot 1972

Une réflexion sur “« Sur la route »… de l’autonomie

  1. Belle réflexion Didier! Ce qui me fait penser qu’à l’opposé de la créativité et de la réappropriation qui permet la présence à soi, la passivité empoisonne l’individu. Il me semble qu’il y est pourtant perpétuellement invité aujourd’hui, par le consumérisme, l’organisation du travail, l’artificialisation d’une vie quotidienne « hors-sol »…

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