Sylvain Piron : « Le culte de la croissance est une disposition religieuse »

Dans « Comme si de rien n’était » le psychanalyste Philippe Réfabert fait remonter l’hubris de l’homme moderne occidental, après Oedipe celui qui a réponse à tout, au dieu vivant incarné, ce Christ qui vient nous dispenser de tout travail sur les origines, puisqu’il est là! Alors le temps peut s’accélerer « et le progrès décoller résolument sans sacrifier à la célébration rituelle de l’irreprésentable, une célébration si dispendieuse en moyens de toutes sortes ».

Le Comptoir

La société industrielle semble frappée d’aveuglement face à l’aggravation des crises environnementales dont elle est responsable. Elle est bercée de l’illusion que tout finira par s’arranger, grâce à la souplesse du marché, l’innovation technique et l’inventivité du capital. Toute une mythologie économique entrave ainsi la réflexion et la perception de la gravité de la situation. Pour saisir la puissance du mythe et ses effets dévastateurs, il faut remonter le temps. En effet, l’appétit de transformation du monde naturel par l’action humaine correspond à une pente générale prise par l’Occident dans la longue durée du second millénaire de l’ère chrétienne. Telle est en tout cas la thèse défendue par Sylvain Piron dans son livre « L’occupation du monde », publié aux éditions Zones Sensibles en mai 2018.

 « Le capitalisme s’est développé en Occident comme un parasite sur le christianisme. » Walter Benjamin

Le Comptoir : Vous écrivez au début de votre ouvrage…

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